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INTERNATIONAL
21.03.2019

Vous connaissez la nouvelle ? (ou pourquoi l'agrandissement du port de Port la Nouvelle est une hérésie financée par l'argent du contribuable ?)

21.03.2019 -
PORT LA NOUVELLE : En 2010 une tentative du conseil régional Languedoc Roussillon de construire une usine d'huile de palme s'est heurtée à l'opposition du collectif NOPALME* et de la très mauvaise réputation que l'huile de palme commençait à prendre dans l'opinion face à la déforestation qu’engendre son commerce. Face à cet échec, n'abandonnant en rien ses ambitions, le Conseil régional s'entêta et proposa un plan d'agrandissement du port prévoyant 225 millions d'euros d'investissement d'argent public et justifiant par là même un débat public. Celui-ci eu lieu de fin 2012 à début 2013 et fut suivi de près par différents acteurs. La conclusion de ce débat : revoir le dimensionnement de ce port. Cependant la conclusion du Maître d'œuvre (le Conseil Régional) fut à l'inverse de maintenir l'option la plus grandiose.

VOUS CONNAISSEZ LA NOUVELLE ?


Il s'agit d'un joyau de l'Occitanie, une petite bande du littoral languedocien au Sud de Narbonne miraculeusement préservée de l'urbanisation et du tourisme industriel. C'est un merveilleux paysage où des étangs rencontrent la Méditerranée en flux et reflux au gré des vents et des pluies, de jolies plages s'étendent jusqu'aux falaises de La Franqui séparant la mer des étangs . Dans ces étangs subsistent une pêche traditionnelle à l'anguille, aux petites soles et autres poissons, une végétation endémique s'y est installée résistant au sel et aux vents. C'est en outre un lieu de repos pour les nombreux migrateurs entre l'Europe et l'Afrique et donc un lieu d'observation unique pour les ornithologues passionnés, avec l'emblématique flamand rose qui a la grâce qui convient au calme de ces lieux. La vigne en de petites parcelles vient à la rencontre de ces étangs. Un parc régional de la narbonnaise et une réserve naturelle sur l'ïle de Sainte Lucie sont sensés préserver ces lieux de la fureur du monde. En effet à quelques centaines de mètres de là, gronde la circulation de l'axe auto routier de l'autoroute A9 avec sa noria interminable de camions alimentant le nord de l'Europe des produits de l'Andalousie et du Maroc. Quelques petits villages ont tout de même conservé le charme de cette rencontre entre viticulture, pêche et marais salants. Bages, Peyriac, Sigean, et Port la Nouvelle. 
 
C'est dans cette dernière petite cité que se joue un drame qui risque de mettre à mal un des derniers vestiges de ce littoral encore sauvage. En effet dans cette petite ville existe un petit port de pêche et de commerce dont l'activité stagne autour de deux activités principales : l'exportation de céréales et l'importation de pétrole. Port la Nouvelle est le 20 ème port français et son trafic d'à peine 2 millions de tonnes ne rivalise ni avec celui de Marseille, quarante fois plus important, ni avec celui de Barcelone, 30 fois plus important, ni même avec l'autre port propriété de la région Occitanie, Sète, 2.5 fois plus grand. Frappé du syndrome de la grenouille Port la Nouvelle tente depuis de nombreuses années de devenir plus grande que sa rivale sétoise située à moins de 80 kms.
 
En 2010 une tentative du conseil régional Languedoc Roussillon d'y construire une usine d'huile de palme s'est heurtée à l'opposition du collectif NOPALME* et de la très mauvaise réputation que l'huile de palme commençait à prendre dans l'opinion face à la déforestation qu'engendre son commerce. Face à cet échec, n'abandonnant en rien ses ambitions, le Conseil régional s'entêta et proposa un plan d'agrandissement du port prévoyant 225 millions d'euros d'investissement d'argent public et justifiant par là même un débat public. Celui-ci eu lieu de fin 2012 à début 2013 et fut suivi de près par différents acteurs. La conclusion de ce débat : revoir le dimensionnement de ce port. Cependant la conclusion du Maître d'œuvre (le Conseil Régional) fut à l'inverse de maintenir l'option la plus grandiose.
 
Face à la gabegie annoncée de cet investissement les opposants à ce scénario d'agrandissement espéraient que la création de la grande région Occitanie enterrerait du même coup la mégalomanie de ce projet mais il n'en fut rien. Bien au contraire puisque le projet présenté à l'enquête publique au printemps 2018 passe à 350 millions d'euros d'investissement !
Le projet comporte 3 phases qui s'échelonneront dans le temps.
La première concerne la composante maritime, il s'agit de construire une immense digue de 2,5 kms, financée à 100 % sur fonds publics à hauteur de 210 millions d'euros dont 30 millions payés par le département de l' Aude, 30 millions par l'agglo de Narbonne et 150 millions par la région. Ce sera ainsi le plus grand investissement de la région Occitanie. C'est cette phase qui, malgré de nombreuses critiques pourtant pertinentes, a reçu un avis favorable d'une enquête publique en 2018.
Si l'huile de palme représentait un terrain glissant pour le conseil régional Languedoc Roussillon, les deux piliers d'activité commerciale justifiant une telle dépense ne le sont pas moins pour l'Occitanie ; l'objectif étant de tripler les tonnages transitant par le port.
 
Du pétrole toujours plus ?  
 
Le premier pilier concerne les importations de pétrole. Elles représentent plus de 60% de l'activité du port. Actuellement l'arrivée de ce pétrole se fait par un oléoduc en mer, c'est la société EPPLN (Dyneff + Total) qui en assume la charge. Elle a déjà réalisé des investissements pour ses installations et ne compte pas, dans la conjoncture actuelle, en réaliser de nouveau. En effet la contribution de EPPLN à l'enquête publique ne peut être plus claire : elle dépose le 16 mai 2018 un avis défavorable. Tout d'abord la société précise qu'elle n'a rien demandé et qu'elle n'a pas été consultée. Considérant que les 72 millions d'euros nécessaires au démantèlement obligatoire du sea line pour construire la digue et la réception à quai des pétroliers ne sont pas budgétisés, ils ne sauraient être à la charge de EPPLN. Plus grave encore sur les perspectives d'accroissement des activités pétrolières : la société déclare que le passage de 1 million de tonnes à 2.8 millions, dont une part d'agro carburant, est irréaliste car la tendance du marché est à la baisse, que les injonctions du gouvernement sont de ralentir la consommation de produits pétroliers de 34% et qu'au mieux la société prévoit de stabiliser son activité à 1.1 millions de tonnes. 
 
 
Du blé comme si il en pleuvait ?
 
Le second pilier concerne les céréales exportées constituées à 80% de blé dur à destination de l'Afrique du nord, de l'Italie et de Turquie. Là encore le maître d'œuvre est dans une prospective ni souhaitable ni réaliste. Ni souhaitable car l'agriculture française n'a pas de vocation innée à l'exportation pas plus que les pays d'Afrique du nord ne l'auraient à l'importation. La situation actuelle est une rente de situation des céréaliers français qui s'explique en grande partie par les subventions accordées par l'union européenne. Deux réalités mettent à mal les exportations françaises et donc celles de notre région : les subventions ont en moyenne baissé de moitié, passant de 400 euros l'hectare à 200 et celles ci baisseront encore lors de la prochaine PAC*** ; la seconde réalité est celle de la baisse substantielle et non conjoncturelle du cours des céréales, celles ci parvenaient à 320 euros par tonne en 2015 alors qu' elles peinent à se maintenir à 210 euros depuis plusieurs années. Cette baisse s'explique par la concurrence de pays comme l'Ukraine, la Russie, l'Argentine et le Canada où les coûts de production sont moindres. Ainsi la France perd ses marchés privilégiés sur l'Algérie, l'Egypte et la Tunisie. 
La surface cultivée en blé dur est donc passée de 500 000 ha dans les années 2015 à 308 000 ha. La récolte sur les terres d'Occitanie a elle même baissé de 35 % en 2018 et baissera encore l'an prochain. En outre la région soumet plus raisonnablement les agriculteurs à d'autres injonctions, celle de sortir de la monoculture qui consomme trop d'engrais et de pesticides pour revenir à des rotations plus salutaires pour la vie des sols et celle de relocaliser la production et de sortir la région de sa dépendance aux importations de protéines végétales. Ainsi la surface et la production de légumineuses ont été multiplié par trois depuis 2007 dans notre région. Dans ce contexte il est complètement illusoire de prévoir un doublement des exportations de céréales sur ce port. Il faut aussi se rappeler que l'Occitanie possède un autre port céréalier à Sète (lui même bien subventionné) dont l'activité en ce domaine peine à se maintenir suite aux déboires de la société SAIPOL avec les agro carburants. 
 
EOLE A LA RESCOUSSE
 
Ces critiques et ces déboires auraient pu inciter nos conseillers régionaux de la majorité PS / Nouveau Monde à retoquer ce projet, d'autant plus qu'il existe des plans alternatifs de développement plus modestes, moins dispendieux des fonds publics et moins dangereux pour l'environnement. Il n'en est rien, les initiateurs ont trouvé un prétexte génial et bien dans le vent pour faire passer le projet sans remous : les éoliennes off shore ! Un quai de montage leur est promis mais outre que l'éolien en mer souffre de réductions budgétaire de la part du gouvernement, il se trouve que Sète possède déjà les infrastructures nécessaires à la réception de ces pièces d'éolienne, à leur montage et sont exactement dans la même zone d'implantation maritime que Port la Nouvelle. Après ses déboires à Notre Dame des Landes, voilà de quoi consoler Vinci, un des gagnants de l'appel d'offre de ce chantier colossal avec Bouygues et Lavoye.
 
Dans ce contexte, qu'en sera t il des emplois promis par le projet dans le narbonnais ? Si l'on prend une hypothèse plus qu'optimiste et contestable de 400 emplois créés***, nous serions à un coût de 1 million d'euros par emploi pour un projet prétendument écologique et politique qui va au final à l'encontre de la souveraineté alimentaire et d'un développement harmonieux sur la région. La Confédération Paysanne avait proposé à la région le transfert de ces aides pour installer et aider des petits paysans et des petits pêcheurs afin de satisfaire ne serait ce que le marché bio en extension de la restauration collective tablant sur la création de 5 fois plus d'emplois. Un projet répondant finalement bien mieux aux prérogatives écologiques et économiques actuelles et sans risque pour la fragilité de ce littoral.  
 
Voilà donc la petite histoire d'un petit port qui veut devenir aussi gros que ses voisins méditerranéens et qui risque bien de se retrouver en faillite malgré toute l'aide apportée par les contribuables de la région.
 
 
Contacts :
Pascal Pavie, commission « International » : 06 87 87 79 32
Lozat Olivier, animation, communication : 06 31 34 84 59
 
 
* NOPALME : Nouvelles Orientations Pour des Alternatives Locales et Méditerranéennes, certains membres de ce collectif, EELV local et la Confédération Paysanne par exemple, continuent à militer pour changer le projet du Conseil Régional ,.
** PAC* : Politique Agricole Commune
*** le conseil régional prévoit plus de 800 emplois
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